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  • Christophe BICHON

My garden is butte-iful! Sur la pertinence (ou non) des buttes potagères

On associe très souvent les buttes dans le potager à une pratique de permaculture. Mais, encore une fois, la permaculture est une approche, pas un assemblage de techniques. Alors, faire une butte, ce n'est pas faire de la permaculture. Par contre, elle peut être un outil au service de cette approche. La butte n'est pas forcément intelligente, pertinente dans certaines situations et selon les jardins, la terre, ça peut même être une très mauvaise idée (sols sableux, séchants). Dans d'autre situations, par contre, cela peut être un pari gagnant. Cela faisait longtemps que je n'avais pas fait de buttes. Au fil de mes années de pratique, je cherche constamment à simplifier au maximum ma pratique, pour passer le moins de temps possible en ayant le plus de résultats possibles, toujours en respectant et diversifiant les équilibres naturels. J'avais donc abandonné l'idée. Deux facteurs m'ont poussé à faire des buttes cette année. Le premier, c'est que je me retrouvais avec de la terre de surface dont je ne savais pas quoi faire. Je venais de décaisser une allée en pierre recouverte par de la terre et des herbes au fil des années pour l'utiliser à nouveau comme allée. La deuxième raison, c'est le sol argileux du potager de notre location. Un sol argileux se réchauffe lentement à cette saison. Il est aussi un peu compliqué à travailler: il colle et le travailler, même en surface, ne fait pas du bon travail (grosses mottes collantes compliquées à affiner). La terre est froide et ce que l'on va y semer va avoir du mal à pousser, et peut même pourrir.


J'ai donc pris le parti de faire des buttes devant la maison, exposées au sud, assez proches d'une façade, dans une cours originellement empièrrée et gravillonnée avec deux ou trois centimètres de terre dessus. J'ai déposé à l'envers les mottes de terre enherbées pour former trois buttes. J'ai pris soin de bien égaliser la terre, d'éventuellement combler les trous avec de la terre (les "poches" d'air dans le sol empêchent le déploiement des racines, donc des plantes). J'ai rajouté des déchets de cuisine et de la tonte de pelouse dessus puis j'ai mis une couche de cartons (sans encre, sans scotch, sans étiquette, non plastifiés) pour éviter que les herbes présentes dans la couche inférieure de la butte viennent concurrencer les cultures.


J'ai pris soin de tout humidifier régulièrement. Par le passé, dans des potagers que j'ai visité, chez des clients, j'ai rencontré des buttes qui étaient restées sèches et qui ne donnaient rien du tout... tout simplement parce qu'elles n'avaient pas été humidifiées comme il le fallait dès le début. Leur propriétaire n'avait pas compris le déficit structurel en eau dont elles souffraient. Pour finaliser, je suis allé chercher une terre bien structurée au fond de mon jardin derrière un cabanon. Je ne sais pas exactement ce qu'il y avait à l'origine à cet endroit, mais je pense que des animaux (âne, cheval?) ont stationné à l'ombre du cabanon pendant longtemps et enrichit le sol de leur crottin. À tel point, que maintenant, il n'y pousse qu'orties, ciguës et bardanes. Cette terre est noire, elle a la structure qui ressemble à celle du couscous (un bon indice) et les plantes qui poussent à l'état sauvage indiquent une bonne richesse du sol. Je ne peux pas cultiver à cet endroit parce qu'il est presque constamment à l'ombre. Pour la petite histoire, alors que je remplissais les seaux de terre, avec les enfants, nous avons trouvé, enterré a une 30aine de cm, tout un stock de bouteilles de médicaments, de parfums, produits de beauté et de tubes en tous genres, datant qu'il y a au moins 50 ans: une vraie découverte merveilleuse, quasi archéologique, accompagnée de beaucoup d'excitation joyeuse!

Quelques aller-retours de seaux de terre plus tard, me voilà avec trois buttes recouvertes sur 10 cm d'une terre immédiatement cultivable, de très bonne qualité, prête à recevoir plantation et semis. Comme l'exposition est très bonne, et que la douceur est au programme des 10 jours qui viennent, j'ai fait le pari de faire des semis précoces, comptant aussi sur un mois d'avril clément. Je n'aurais pas pu les faire dans la terre argileuse que j'ai dans le potager de l'autre côté de la maison. L'avantage d'une butte, c'est que l'on peut cultiver plus précocement. La terre s'y réchauffe plus vite, parce que l'eau est drainée plus facilement. C'est l'eau dans le sol qui le refroidit. C'est pour cela que l'on dit qu'un sol argileux, qui retient bien l'eau, est une terre froide. Mais l'avantage de la butte à la mi-saison devient un inconvénient à la belle saison. Une terre qui se réchauffe vite et qui draine bien et aussi une terre qui se dessèche plus vite. Il faudra donc la surveiller plus souvent pour s'assurer qu'il y a suffisamment d'humidité dedans pour assurer la croissance des plantes qu'on y installe. Cela veut dire arroser régulièrement, et ajouter un paillage au moment pertinent, selon les cultures, selon l'ensoleillement et les températures. Cela peut être aussitôt que le mois d'avril ou le mois de mai. La façon de semer, de planter importe aussi. Si l'on serre assez ses cultures, le couvert végétal créé par des plantations va maintenir l'humidité au niveau du sol. Mais semer trop serré risque d'impacter la qualité de la récolte aussi. Trop de concurrence entre les plants n'est pas une bonne idée non plus (récolte malingre). Ici aussi, l'observation régulière de son potager, de l'humidité du sol, de l'état de ses légumes, de leur évolution est capital pour pouvoir réagir de manière appropriée. Dans ma situation, le fait d'avoir ajouté de la terre de qualité, certes, mais sans aucun doute chargé de graines d'herbes sauvages particulièrement vigoureuses me demandera d'agir avec finesse. J'aurais pu opter pour la technique du faux semis, mais j'ai décidé de m'y prendre autrement. Très vite après la levée des semis, je vais pailler (finement puis de plus en plus épais avec la croissance des légumes) entre chaque rang de semis, autour de chaque plantation. Si je ne fais pas cela, je vais me retrouver avec une véritable mini-forêt d'herbes sauvages. Il faudrait désherber très régulièrement et cela me prendrait un temps énorme. Comme l'exposition est bonne, je fais le pari d'un printemps doux. Peut-être y aura t-il des gelées tardives, qui vont compromettre une partie de mes récoltes... mais il y a toujours une part de risque dans le jardinage du potager. Je ne mets pas tous mes œufs dans le même panier : je semerai les mêmes légumes dans les semaines à venir en pleine terre. Mais la perspective d'avoir des légumes précoces me donne envie de prendre le risque. Par exemple, il y a quelques années, j'ai planté des pommes de terre à à peu près un mètre d'un mur exposé au sud, c'était fin février. Je les ai récoltées fin mai: une excellente récolte!


Alors je réitère l'expérience. J'ai aussi semé radis, betteraves rouges, oignons à confire, roquette, cresson, épinard, arroche, navets, carottes, panais, petits pois et petits pois mangetout. Et j'ai même poussé le vice de semer des haricots verts nains ( là, je cherche vraiment !). Enfin, j'ai planté quelques salades issues de mon chassis et des oignons rouges et jaunes. Je dis souvent que la vertu principale du jardinier c'est la patience, mais je dois avouer que je suis impatient de récolter les premiers légumes sur mes buttes !

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