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  • Christophe BICHON

Comment commencer son potager en plein milieu de l'été (même une année très chaude et très sèche)

Avant de rentrer dans le vif du sujet, on peut se demander quel est l'intérêt de débuter un potager en plein milieu de l'été...

Soyons clairs, de manière générale, cela ne représente aucun intérêt. La meilleure saison pour débuter son potager, pour moi, c'est l'automne (toutes mes formations "potager" commencent en octobre) pour bien anticiper la couverture du sol pendant tout l'hiver, afin qu'il soit bien prêt au printemps. La deuxième meilleure saison c'est le printemps. Et pourtant, selon moi, il n'y a aucune mauvaise saison pour commencer son potager. C'est la troisième fois que je commence un potager en plein été...

Pourquoi ? Tout simplement parce que ma vie m'a amené à déménager à plusieurs reprises en plein été. Étant particulièrement féru de potager et de jardinage de manière générale, je ne peux pas attendre les conditions "idéales" pour me lancer. Et comme mon potager fournit des légumes toute l'année, chaque semaine, chaque jour de perdus sont des occasions perdues de produire des légumes sains et savoureux, totalement bios.



Bien entendu, débuter un potager à cette saison demande de prendre des précautions bien particulières à la fois pour être sûr de réussir mais pour économiser au maximum l'eau et protéger ses plantes des effets ravageurs de la sécheresse et de la chaleur. Rien d'impossible, il faut simplement suivre quelques principes simples mais très efficaces.


1/ Anticiper

On ne peut pas planter n'importe quoi au milieu de l'été. Pas question de semer des tomates à cette saison et encore moins des aubergines ou des piments, poivrons. Leur période de végétation est beaucoup trop longue avant la fructification. Les froids de l'automne viendraient avant qu'ils puissent fournir quoi que ce soit. Par contre, on peut les mettre en pleine terre s'ils sont déjà bien développés. Dans notre camion de déménagement, j'ai embarqué une vingtaine de pieds de tomates que j'avais semé début juin, des courgettes, des concombres, des melons, des potimarrons, des potirons, des salades, des choux semés vers le 10 juillet en godets. Il y avait aussi quelques pots avec des piments et des poivrons bien développés, des aromatiques comme de la livèche, du thym, du romarin, de la sauge, de la menthe, de la mélisse, auxquelles il faut rajouter de la vigne en pot, des pieds de cassis, de groseilliers, de la consoude, des poireaux semés au printemps, de la patate douce et des plantes décoratives comme des sauges de Graham, géraniums, les diplodénias, jasmin et passiflore...


2/ Implanter dans le jardin, mais pas n'importe comment!

Un des grands principes que je conseille à mes clients quand ils veulent installer un potager, c'est de bien réfléchir, après avoir bien observé leur terrain, à l'implantation de leurs légumes dans le potager par rapport à leur maison. Pour nous, la question de l'éloignement de la maison et celle de trouver un coin bien exposé sont deux fausses questions: nous avons à peine 200 m² de terrain exposé au sud de la maison, ce qui laisse environ 150 m² maximum à exploiter comme potager. Il n'y a quasiment aucune ombre portée par des arbustes ou des arbres dans le jardin ce qui signifie que les températures qui y règnent sont insupportables en milieu de journée. Depuis notre emménagement, il y a 3 semaines, nous avons eu qu'une journée ou les températures étaient en dessous de 30°C, le reste du temps elles naviguent entre 30 et 40°C avec quasiment aucune pluviométrie (quelques millimètres ici et là après 3 mois en dessous de 10mm par mois). Le sol en arrivant était sec en profondeur. La végétation (quasiment uniquement des plantes sauvages) avait été débroussaillée et donc n'offrait aucune ombre au niveau du sol.

Avec de telles conditions, il était impératif d'assurer les conditions optimales pour réussir.

En dehors de créer un éventuel ombrage (ce que je ne fais pas) je joue avec la taille des légumes en profitant des plus hauts pour faire de l'ombre à ceux qui ont des besoins moindres en soleil (salades à "l'abri" des tomates et des poivrons, par exemple).


3/ Assurer un sol frais et humide en toutes circonstances: un arrosage approprié.

Comme aucune plante ne peut pousser sans eau (un petit clin d'œil à ceux qui prétendent le contraire...), l'impératif était d'apporter aux plantations et aux semis l'eau qu'il leur fallait pour continuer à se développer en pleine terre. Mais cela, pour moi, ne pouvait passer par un arrosage général du jardin sans discriminer en fonction des besoins des plantes (je vous renvoie vers l'article que j'ai écrit il y a peu de temps par rapport à l'arrosage idéal en situation de sécheresse et de manière générale: https://www.au-coeur-de-la-nature.com/post/4-trucs-à-connaître-et-erreurs-à-éviter-pour-un-beau-potager-en-période-de-canicule-et-de-sécheresse ).

À partir du moment où l'on arrose son jardin sans respecter les besoins des plantes, on s'engage sur un chemin où l'on va gaspiller de l'eau. Notre ressource à nous, c'est l'eau du réseau. Nous avons bien un puits scellé dans le jardin mais nous n'avons pas encore exploré les possibilités qu'il offre. Alors comme c'est de l'eau que l'on paye, il est important à la fois pour le budget mais aussi pour les ressources globales en eau, de viser au plus juste pour satisfaire au mieux les besoins des plantes. L'arrosage se fait toujours le soir, à la tombée de la nuit pour que les plantes puissent reconstituer leur réserves pendant la nuit.

Environ 1/4 de nos eaux d'arrosage viennent du recyclage de nos eaux grises non polluées par des produits ménagers: celle du lavage des légumes, du "dégrossissage" de la vaisselle (avant lave-vaisselle) et des eaux de cuisson refroidies.

Avant de planter et semer, je m'assure de bien humidifier le sol exactement à l'endroit où je vais planter ou semer et uniquement à cet endroit. Une fois le sol bien imbibé, je peux le travailler plus facilement à la profondeur qui correspond aux besoins de chacune des plantations (beaucoup plus profond pour des tomates, beaucoup plus en surface pour des salades, par exemple). Une fois la plantation effectuée, j'arrose abondamment. L'idée derrière est d'arroser moins souvent et d'encourager les plantes à développer leurs racines en profondeur pour être plus rapidement autonome, aller chercher l'eau là où elle est.


4/ Assurer un sol frais et humide en toutes circonstances: un paillage épais

Mais l'arrosage n'est que la moitié de l'équation! L'autre est la couverture du sol. Dans des conditions météo telles que nous avons connu ces dernières semaines, ce serait insensé de travailler sur un sol nu, de laisser des semis ou des plantations au milieu d'une terre exposée au rayons meurtriers du soleil. Ils feraient monter la température du sol au-dessus de 40 degrés, une température qui fait augmenter l'évaporation au niveau du sol de manière spectaculaire et qui interdit le développement de la vie du sol sur plusieurs centimètres. Une telle température ne permet pas un bon développement des plantes, quelles qu'elles soient. Sous nos latitudes, la température idéale du sol se trouve entre 20 et 25 degrés. À partir du moment où l'on laisse le sol nu en été, on est bien au-delà de cette température, donc on met en danger nos propres cultures. Je vois beaucoup de jardins dans les environs qui sont très éprouvés par la chaleur... malgré les arrosages... tout simplement parce que le sol est nu... .

Alors pour remédier à cela, je paille. Et quand je dis que je paille, je paille épais. Pas avec de la paille (c'est bien, mais pas le meilleur paillage) mais avec toute matière végétale qui peut offrir un bon couvert qui maintiendra l'humidité au niveau du sol de manière permanente. L'ombre et l'isolation apportées par le paillage permettent de garder une fraîcheur au niveau de la terre qui fera toute la différence en arrosant moins. J'ai la chance de trouver, pas très loin de chez moi, une quantité impressionnante de déchets végétaux qui ont été laissés là par des particuliers ou par les employés municipaux, dans un terrain vague près de la rivière. Ce que les autres rejettent, moi je le chéris comme de l'or! Parce que je sais que c'est cette matière végétale (feuilles, foin, herbes sauvages, aiguilles de pins, branchages fins tontes de pelouse desséchées...) qui fera la différence pour réussir mon potager.



Et, pour aller encore plus loin, je laisse aussi pousser une partie des plantes sauvages (les "mauvaises herbes") qui apparaissent spontanément à travers le paillage. Mais je fais très attention à ce qu'elles restent au niveau du sol et qu'elles n'entrent pas en concurrence avec mes plantations. Parce que je sais que leur présence est la garantie d'une plus grande fraîcheur et humidité du sol et d'un meilleur équilibre écologique de mon jardin. Et quand, comme moi, on connaît suffisamment bien les plantes sauvages pour savoir lesquelles sont comestibles ou médicinales et comment les utiliser, c'est tout bonus ! Par exemple, j'ai déjà remarqué que sur la petite parcelle que nous avons, la diversité des plantes sauvages comestibles et médicinales est incroyable: plantain, mauve, oxalis, pimprenelle, amarante, chénopode, pourpier, mélisse, violette, patience...

Enfin, un point particulier pour les semis un peu délicats que l'on peut vouloir faire en été. Par exemples, je pars du principe qu'il est intéressant de semer régulièrement des salades pour en avoir tout le long de l'année (environ tous les 15 jours ou trois semaines). En ce moment, sur sol nu, lors de grosses chaleurs, il sera très compliqué de garder une humidité suffisante au niveau du sol pour que les graines qui sont très proches de la surface du sol puisse être dans une humidité suffisante à leur germination et leur développement dans les premiers jours. Cela sera vrai pour des navets, les radis noir, même des épinards, des carottes, et tous les semis à graines fines... alors, plutôt que d'attendre des temps meilleurs et plus propices à leur développement, il est possible de les semer en pleine terre et de rajouter au-dessus des lignes de semis bien arrosées un fin paillage qui permet à la fois d'éviter que le sol se dessèche trop vite. Le plus délicat dans cette manœuvre c'est de s'assurer qu'il y aura assez de soleil qui arrivera au niveau du sol pour que les jeunes plantules arrivent à traverser le paillage et s'assurer que ce paillage ne les empêchera tout simplement pas de pousser en faisant trop d'ombre. Mais, avec l'expérience, on y arrive. Il ne faudra pas oublier d'arroser au minimum matin et soir pour que l'humidité du sol soit toujours suffisante.


De cette manière, j'ai pu semer radis noirs, betteraves rouges, mâche, coriandre, carottes, haricots verts, salades, choux, dans des conditions a priori défavorables (35°C et plus).

Alors, si d'aventure vous vous trouvez dans une situation où vous pouvez commencer un potager au milieu de l'été, sachez que c'est possible en prenant les précautions nécessaires!











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